Assise au chaud, on jase…

J’étais simplement assise là dans la chaleur de Cocody à me demander ce que j’allais bien pouvoir publier aujourd’hui pour vous partager un peu de mon séjour ici et c’est là que je l’ai regardée. Ma vieille pochette Fil à Elle toute usée, la première que je me suis achetée il y a un peu plus d’un an. Cette pochette qui me sert d’étui à maquillage, de sac à main, d’étui à crayons ou de fourre-tout pour les objets de type « y faut vraiment pas que j’perde ça en voyage » m’est bien pratique. Polyvalente, elle crée toujours un p’tit effet de surprise quand on voit son intérieur coloré et non conventionnel auquel on ne s’attendait pas de l’extérieur. En observant ma pochette, un peu ramollie par le temps et dont le cuir de l’étiquette n’est plus aussi lustré qu’avant, on dirait que je prends conscience de tout le chemin qu’on a parcouru et ça m’a donné envie de vous en faire part.

En lançant officiellement mon entreprise en septembre 2018, je dois avouer que je n’avais alors pas vraiment conscience de l’ampleur de ce dans quoi je m’embarquais.  On m’avait souvent dit que l’entrepreneuriat c’était « pas facile », mais je ne réalisais pas, à ce moment, que « pas facile » était un terme bien pâle pour exprimer l’ampleur d’la « patente » comme on dit!

J’avouerais que dans ma grande naïveté des débuts, je n’ai pas choisi le modèle d’affaire le plus simple : disons. Faire produire mes articles de façon équitable au Québec, mais avoir une matière première développée au Burkina Faso, une achetée en Côte d’Ivoire, une que je prends à Coaticook et une production qui s’étale de Saguenay à Montréal, en passant par Laval, et ce, en n’ayant aucune espèce d’expérience dans le domaine de l’importation, de la gestion d’entreprise ou de l’entrepreneuriat tout court. Outch! J’vous avouerais que ce n’est pas au courant de la dernière année que j’ai eu les meilleures de nuits sommeil! Haha! 

Enfin bref, tout ça pour dire que malgré le fait que je sois totalement en amour avec mon travail et  que Fil à Elle soit un projet de vie pour lequel j’ai envie de m’investir corps et âme encore de nombreuses années, reste que j’ai parfois des moments de doutes où j’me sens un peu moins sûre de moi, comme aujourd’hui, par exemple.

Comme certain(e)s le savent déjà, la plupart des tissus à motifs que l’on retrouve à l’intérieur de nos pochettes, sacs à main et ceux utilisés pour la fabrication de nos coussins ont été achetés à des commerçants locaux d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, lors de mon dernier séjour en avril 2018. Encore une fois, dans ma grande naïveté et en ayant plus ou moins conscience de certaines réalités, j’étais partie tout bonnement au Grand Marché avec ma p’tite robe soleil, mes gros bijoux clinquants et mon sac à main à bandoulière, telle une vraie touriste occidentale qui s’en va « magasiner ». Avec du recul, plus d’expérience et un peu plus de connaissances (bien qu’il me reste encore bien des croutes à manger), je réalise que ça manquait un peu de jugement et de respect, par le fait même.

Avec du recul, je réalise qu’en ayant choisis de développer des produits dont la matière première est issue de pays aux coutumes diversifiées et dont  les rapports du passé sont fortement teintés d’une importante forme de domination impérialiste qu’il est nécessaire de ne pas ignorer, il est parfois difficile de bien faire les choses sans glisser dans le « politiquement pas correct ». Bien que l’histoire du pagne imprimé soit trop complexe pour connaitre exactement la provenance initiale de son origine, il n’en reste pas moins que ce magnifique tissu aux couleurs vives reste généralement associé à la culture africaine. Ainsi, je vous avouerais qu’aujourd’hui, en plus d’être seule contrairement à la dernière fois où j’étais venue à Abidjan, cette prise de conscience fait en sorte que je suis un peu moins sure de moi et que l’achat de ces tissus représente un défi.

Qui plus est, je ne vous raconte pas tout ça pour me plaindre, je me sens choyée d’avoir l’opportunité de faire ce que je fais,  mais plutôt dans le but de dépeindre un portrait plus juste de la réalité. Il est parfois facile de « glamouriser » certains aspects de nos vies à travers la publication de photos et de stories mais la réalité virtuelle s’éloigne parfois du vrai vécu et aujourd’hui, plutôt que de vous partager une belle photo dans un décor tropical accompagnée d’un texte vendeur, ben j’ai choisi d’être transparente et ça me fait du bien.

Soyez rassuré(e)s, je n’ai pas l’intention d’abandonner le projet des pagnes imprimés ni de changer la formule Fil à Elle pour l’instant. Je reviendrai avec mille et une couleurs et plein d’histoires à raconter, mais il se peut  que la prise de photos lors de l’achat de nos tissus se fasse plus limitée. La touriste nord américaine n’est plus de ce monde pis c’est ben correct de même!

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